Mesdames et Messieurs,
Distinguées personnalités,
Chers acteurs du football sénégalais,
Il est des moments dans la vie d’une nation où les questions simples portent les enjeux les plus profonds.
Permettez-moi d’en poser une, ce matin, sans détour :
Peut-il exister une grande nation sportive sans un football amateur fort, structuré, équitablement développé sur l’ensemble de son territoire ?
La réponse est non. Et elle ne souffre aucune nuance.
Car derrière cette question apparemment technique se dissimule une interrogation d’ordre politique, moral et stratégique : quel Sénégal voulons-nous bâtir ? Un Sénégal où le talent d’un enfant de Ziguinchor vaut autant que celui d’un enfant de Dakar ? Un Sénégal où le mérite prime sur la géographie, où la naissance ne conditionne plus le destin ?
C’est précisément ce Sénégal-là que nous avons choisi de construire.
Sous l’impulsion visionnaire de Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Faye, Président de la République, et sous la conduite déterminée du Premier Ministre Monsieur Ousmane Sonko, le Sénégal a opéré un choix souverain et délibéré :
Faire du sport – et du football en particulier -un levier stratégique de transformation nationale.
Ce choix n’est ni une posture, ni un slogan de circonstance. Il est structurant, assumé et inscrit dans la durée. Il procède d’une conviction profonde : les nations qui dominent le sport mondial ne le font pas par accident. Elles le font parce qu’elles ont investi dans leurs fondations, parce qu’elles ont eu le courage de construire des systèmes là où d’autres se contentaient d’improviser des occasions.
Notre ambition est de bâtir un modèle sénégalais du sport – ancré dans nos réalités, irrigué par nos talents, orienté vers nos priorités nationales. Un modèle qui ne copie pas, mais qui innove. Un modèle qui ne subit pas, mais qui choisit.
Soyons lucides, car la lucidité est le premier devoir de ceux qui gouvernent.
Le football amateur sénégalais a longtemps souffert de maux structurels que nous ne pouvons plus nous permettre de tolérer :
- une concentration excessive des infrastructures dans quelques pôles urbains, au détriment des régions et des communes rurales ;
- des inégalités territoriales persistantes qui transforment l’origine géographique en destin sportif ;
- un encadrement insuffisant, laissant des milliers de jeunes talents livrés à eux-mêmes, sans formation, sans cadre, sans perspective ;
- une absence criante de valorisation économique d’un secteur qui génère pourtant une valeur sociale considérable.
Alors posons la question avec franchise :
Pouvons-nous accepter, en conscience, que le talent d’un jeune Sénégalais dépende encore – en 2026 – de son lieu de naissance ?
Non. Nous ne le pouvons pas. Et nous ne le pouvons plus.
C’est pourquoi l’État a engagé une politique volontariste, ciblée et ambitieuse de rééquilibrage territorial, de démocratisation de l’accès au sport et de structuration durable du football de base. Non par générosité, mais par impératif de justice et de cohérence nationale.
Notre démarche repose sur trois piliers indissociables, qui forment ensemble la colonne vertébrale de notre politique sportive nationale.
Premier pilier : Investir massivement dans les infrastructures de proximité.
Nous engageons un programme national ambitieux, visant à doter chaque commune d’équipements sportifs dignes de ce nom. Car la proximité est la condition première de l’accès. Un enfant qui n’a pas de terrain ne joue pas. Un jeune qui n’a pas d’infrastructure ne se révèle pas. L’infrastructure n’est pas un luxe – c’est le socle.
Deuxième pilier : Réformer le cadre juridique pour créer un écosystème crédible.
À travers le nouveau Code du Sport, nous posons les bases d’un système sportif modernisé : sécurisation des investissements publics et privés, professionnalisation des acteurs, structuration des filières de formation et de compétition. Nous passons d’un secteur fragmenté à un écosystème cohérent, attractif et régulé.
Troisième pilier : Valoriser le capital humain comme première richesse du football sénégalais.
Les jeunes talents, les éducateurs de terrain, les dirigeants de clubs amateurs – ces hommes et ces femmes qui font vivre le football au quotidien, loin des projecteurs – méritent un accompagnement à la hauteur de leur engagement. Nous investissons dans leur formation, leur reconnaissance et leur stabilité. Car aucune performance durable ne se bâtit sans capital humain solide.
Certains considèrent encore le football amateur comme un domaine secondaire, un dossier de basse intensité qu’on traite en marge des vraies priorités. Nous rejetons cette vision avec force.
Le football amateur est une priorité stratégique nationale. Et voici pourquoi :
Il est le premier employeur informel du secteur sportif, générant des revenus pour des dizaines de milliers de familles à travers le pays. Il est un outil puissant de prévention sociale, capable de canaliser l’énergie des jeunes, de réduire la délinquance, de construire des identités positives. Il est un espace de formation citoyenne, où se transmettent les valeurs du respect, de l’effort collectif et du dépassement de soi. Il est, enfin, un réservoir considérable de valeur économique future – car les champions de demain se forment dans les stades de quartier d’aujourd’hui.
Investir dans le football amateur, c’est investir dans la stabilité sociale, la croissance inclusive et la souveraineté culturelle du Sénégal.
Que cela soit dit clairement, une fois pour toutes.
Nous reconnaissons et saluons le rôle de la FIFA et de la Fédération Sénégalaise de Football dans le soutien au développement du football national. Leur expertise, leurs ressources et leur engagement sont des atouts précieux.
Mais permettez-moi d’être d’une clarté absolue sur un point :
Le développement du football sénégalais doit d’abord, et avant tout, répondre aux priorités du Sénégal.
Notre partenariat avec les instances internationales est ouvert, constructif et sincère. Mais il est aussi exigeant et souverain. Nous ne cherchons pas une validation extérieure. Nous cherchons une coopération qui renforce notre autonomie, qui transfère des compétences, qui construit des capacités durables – et non une dépendance déguisée en assistance.
La souveraineté sportive est une dimension de la souveraineté nationale. Nous la revendiquons sans complexe.
Permettez-moi de vous poser une dernière question, peut-être la plus inconfortable :
Combien de diagnostics, d’ateliers, de rapports et de recommandations avons-nous déjà produits sur le football amateur sénégalais, sans que la transformation réelle soit au rendez-vous ?
La réponse, nous la connaissons tous.
Aujourd’hui, nous changeons de méthode. Nous rompons avec la culture du diagnostic sans suite et de la recommandation sans responsable. Nous passons de la réflexion à la décision, de l’intention à l’acte.
Ce que nous attendons de cet atelier est simple et non négociable :
- des recommandations immédiatement applicables, non des vœux pieux ;
- des solutions financièrement soutenables, ancrées dans nos réalités budgétaires ;
- des propositions alignées sur notre vision nationale, et non sur des modèles importés clés en main.
Le Sénégal n’a plus le luxe de l’hésitation. Nous avons la vision. Nous avons la volonté. Il nous faut maintenant l’exécution.
Mesdames et Messieurs,
Le Sénégal regorge de talent. Ce talent, nous en avons tous été témoins sur les plus grandes scènes du football mondial. Mais le talent brut ne suffit pas à faire une nation sportive. Il faut une organisation, une vision et une volonté politique soutenue.
Cette volonté politique existe. Elle est portée au plus haut niveau de l’État. Elle est assumée sans ambiguïté. Et elle se traduira – non en promesses, mais en résultats mesurables, visibles et durables.
Notre ambition est claire, et je la formule en ces termes définitifs :
Faire du football sénégalais – de la base au sommet, de la ruelle au stade national – un modèle continental de performance, d’inclusion sociale et de souveraineté.
Ce n’est pas un rêve. C’est un cap. Et un cap, cela se tient.
C’est sur cette conviction profonde, et avec cette détermination intacte, que je déclare officiellement ouverts les travaux de cet atelier.
Je vous remercie.